Entreprise à part dans le monde du logiciel, SAS Institute n’est pas côtée en bourse mais réalise un chiffre d’affaires de plus de 2 milliards de dollars. Son credo ? Avoir des employés heureux, pour payer moins d’impôts.

SAS Institute est l’entreprise où il fait bon travailler aux Etats-Unis. Sur son campus élégant à Cary, en Caroline du Nord, plusieurs immeubles parsèment la campagne et les bois. Régulièrement, l’œil vient se poser sur une magnifique sculpture monumentale posée çà et là. On y trouve une crèche pour les enfants, une salle de gym avec deux terrains de basket couverts, une piscine et plusieurs réfectoires. Dans l’un de ces réfectoires, trois fois par semaine, un pianiste vient jouer quelques morceaux sur un magnifique piano à queue.

Les employés n’ont pas d’horaire fixe et le taux d’attrition, c’est-à-dire le nombre de personnes qui quittent l’entreprise n’est que de 2% par an. En France, les employés sont installés dans le château de Gregy sur Yerres, à cote de Brie-Comte-Robert. Jim Goodnight, co-fondateur de l’entreprise, préfère investir ses profits dans le bien-être de ses employés au lieu de payer des impôts. Et comme SAS Institute n’est pas côtée en bourse, il n’a de compte à rendre qu’à lui-même et à quelques employés actionnaires. Il n’a pas besoin de séduire les analystes de Wall Street avec des coupes sombres si les affaires vont mal.
Cette situation contraste singulièrement avec la méthode « stop and go » de la high tech américaine, celle qui est cotée en bourse. Quand tout va bien, on embauche à tour de bras. Et souvent un peu trop. Quand les choses ralentissent, les licenciements arrivent et les têtes tombent. Cela se fait au détriment d’une stratégie à long terme.
Avec ses méthodes douces, les affaires vont plutôt bien pour SAS Institute. L’entreprise a été créée en 1976 et s’est spécialisée sur des outils de calcul statistique. Le nom SAS est un acronyme pour Statistique, Analyse et Software (logiciel). Dans les premières années de son existence, elle s’est positionnée sur des solutions d’extraction et de présentation de données.
Par la suite, elle a complété son offre par des outils de business intelligence ou d’aide à la décision. Elle a ajouté aussi des solutions horizontales pour la gestion de la relation client, du capital humain, de la performance du système d’informatique et la gestion du risque.
A partir de 2000, elle s’est positionnée sur les Business Analytics. C’est un terme nouveau, il fait fureur dans les milieux informatiques. De quoi s’agit-il ?
Aujourd’hui, les entreprises, leurs fournisseurs et leurs clients génèrent énormément de données. Avec un logiciel ad hoc et une forte puissance de calcul, il est possible de tirer des informations pertinentes de ces données. Côté logiciel, SAS Institute a toujours été bon, côté puissance de calcul, Intel et IBM ont fourni des puces de plus en plus puissantes. La dernière tendance est d’utiliser des cartes graphiques pour jeux vidéo fabriquées par Nvidia et de les assembler pour former un super-ordinateur. Avec cette puissance de calcul, on peut trouver du sens dans un brouillard de données, découvrir des tendances cachées, prédire à l’avance le comportement de milliers de consommateurs.

Jim Goodnight
« Plusieurs de nos clients génèrent d’énormes masses de données, explique Jim Goodnight, le co-fondateur de SAS Institute. Jusqu’à présent, ils ne pouvaient pas toutes les analyser et faisaient du scoring. Supposons que vous souhaitez calculer la probabilité de défaut d’un crédit sur un portefeuille de 500.000 crédits distribués. Avec les technologies actuelles, vous ne pouvez prendre que 40.000 prêts et y appliquer 30 à 40 variables. A partir du résultat, vous extrapolez. Avec les super-ordinateurs, on peut traiter l’ensemble du portefeuille. Notre logiciel est capable de supporter cette puissance de calcul et d’y apporter de nouveaux calculs de risques ».
Depuis sa création, le chiffre d’affaires de SAS Institute a toujours progressé. En 2010, il a atteint 2,43 milliardq de dollars. Précisons que SAS Institute ne vend pas son logiciel mais qu’il le loue à long terme. Tous les ans, 98,5% de ses clients lui restent fidèles. Pour parvenir à un tel chiffre, SAS Institute a mis en œuvre des équipes d’ingénieurs conseil dont le travail consiste à trouver d’autres utilisations possibles pour ses logiciels. « C’est une bonne manière de satisfaire et de conserver nos clients », affirme Mikael Hagström, directeur général Europe de SAS Institute.

Le campus de SAS Institute
Les domaines d’applications ne cessent d’augmenter. « Un de nos clients un est grand producteur d’écrans plasma, poursuit Mikael Hagström. Il veut installer un système capable de prévoir l’évolution des cours du nickel à partir d’une recherche textuelle mondiale. Il souhaite scanner tous les journaux qui écrivent sur le nickel ou l’utilisation du nickel, en retirer des informations en temps réels et baser ses achats de métaux sur ces informations ».
Récemment, SAS Institute a mis au point une solution de gestion prédictive de maintenance pour les actifs industriels des compagnies d’exploration gazière et pétrolière. Depuis l’explosion de la plate-forme de BP dans le Golfe du Mexique, toutes les grandes compagnies pétrolières l’ont contacté. « Si cette application décolle, elle nous fournira à elle seule un beau taux de croissance, affirme Mikael Hagström. Le contrôle qualité dans l’automobile ou les semi-conducteurs ou les produits blancs sont aussi des domaines à fort potentiel de croissance ».

Cependant, les Business Analytics ne sont pas nouveaux. « Ils existent depuis longtemps et c’était le secret le mieux gardé des entreprises », expliquait l’année dernière Bill Green, l’ancien président d’Accenture. Les Business Analytics ne sont pas une fin en soi mais une boite à outil pour trouver des éléments différenciant. « Globalement, les entreprises ont besoin d’être compétitives, soulignait Bill Green. Pour les managers, le but ultime est d’obtenir une entreprise dynamique, flexible, rapide et en croissance. Or, la concurrence d’une entreprise américaine n’est pas sa voisine dans le même état mais une société étrangère dont le nom est imprononçable par le manager américain ». Avec les Business Analytics, « La marge de compétitivité que vous pouvez récupérer est certes petite mais la capacité de se différencier, même à la marge, est très importante. Si vous réussissez à libérer les bonnes informations et à les confier à des collaborateurs de talent, vous avez la possibilité de devancer votre concurrence », affirmait Bill Green.
Si SAS Institute s’est positionné depuis longtemps sur les Business Analytics, un autre acteur de l’informatique, IBM, a mis les bouchées doubles pour s’y imposer. IBM a dépensé plus de 12 milliards de dollars pour se constituer un portefeuille de solutions ad hoc. « Comme SAS Institute n’est pas à vendre, IBM a dû dépenser beaucoup d’argent pour nous imiter », note Jim Goodnight.
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